Comment nous savons ce que nous savons
Chaque date de cette bibliothèque, chaque village, chaque métier vient d’un papier ancien qu’on peut encore ouvrir. Voici ces papiers, et la façon de les lire.
Le point de départUn acte
Un acte est quelques lignes écrites le jour même, ou le lendemain, par celui qui en avait la charge. Avant la Révolution, c’est le curé de la paroisse : il note les baptêmes, les mariages et les sépultures. Depuis septembre 1792, c’est le maire, ou l’officier municipal : il enregistre les naissances, les mariages et les décès. C’est ce qu’on appelle l’état civil.
Voici le baptême de Marie Tréguier, à Lambézellec, près de Brest, le 11 janvier 1780. Dans la marge, un B pour « baptême » et le numéro de l’acte dans l’année.
En quelques lignes, tout y est : le jour de la naissance, le hameau, les parents, et le parrain et la marraine, presque toujours des proches. Le père a su écrire son nom, « François Treguer » ; le parrain et la marraine, non. C’est souvent par ces détails qu’une famille se dessine.
La biographie de Marie TréguierLà où les actes sont rangésLe registre
Les actes ne sont pas des feuilles volantes : ils s’écrivent les uns à la suite des autres dans un registre, un cahier par année et par paroisse. Le roi en a fait une obligation peu à peu : les baptêmes en 1539, les mariages et les sépultures en 1579. Puis, à partir de 1667, chaque registre est tenu en double : un exemplaire reste à la paroisse, l’autre part au greffe. C’est grâce à ce double qu’on retrouve aujourd’hui des actes dont l’un des deux exemplaires a disparu.
Ces registres sont conservés aux Archives départementales, ou aux Archives municipales des grandes villes. La plupart ont été photographiés page par page et sont en ligne : chaque photographie s’appelle une vue.
Pour retrouver un acteLa cote et la vue
Sous chaque acte de cette bibliothèque, une ligne commence par « Original : ». Elle dit où dort le vrai papier : les archives, la cote (le numéro du registre, comme « GG/L 73 ») et la vue (la page photographiée). Avec ces trois indications, n’importe qui peut ouvrir le même registre et vérifier. C’est la règle de la maison : rien ne s’affirme sans que l’on puisse remonter à l’original.
Le raccourci des chercheursLa table décennale
Depuis la Révolution, tous les dix ans, la mairie dresse une table : la liste alphabétique de toutes les naissances, de tous les mariages, de tous les décès de la décennie, avec leur date. Au lieu de feuilleter dix registres, on cherche un nom dans la table, puis on va droit à l’acte.
Avant la Révolution, certaines paroisses avaient déjà leur table, tenue à la main par un curé soigneux : à Lannion, elle remonte à 1605.
La petite écoleLire une écriture du XVIIIe siècle
Au premier regard, un registre ancien paraît illisible. Au bout de quelques actes, l’œil s’habitue. Voici ce qu’il faut savoir :
- Pas de ponctuation, peu d’accents. Une phrase court sur six lignes sans un point. On la découpe soi-même, en suivant les formules qui reviennent : « fille légitime de… », « a été baptisée… », « parrain et marraine ont été… ».
- Des majuscules au hasard. « Le Lendemain », « Les fonts » : le curé met une majuscule où il veut, et parfois pas au nom propre.
- Une orthographe libre. « Cens » pour cent, « parrein » et « marreine ». Les noms eux-mêmes changent : Tréguier, Treguer, Tréguer, dans le même acte. Ce n’est pas une erreur de lecture, c’est l’époque.
- Le s long. Au début ou au milieu d’un mot, le s s’écrit souvent comme un f sans barre : « ſoussigné » se lit « soussigné ».
- Des mots abrégés. « Led. » pour ledit, « Me » pour maître, « Mre » pour messire, « Ve » pour veuve. Une petite lettre en l’air signale souvent l’abréviation.
- Des mois en chiffres. Le curé écrit le mois à la mode latine, avec un chiffre :
| 7bre | septembre |
| 8bre | octobre |
| 9bre | novembre |
| Xbre | décembre |
- Le calendrier républicain. De 1793 à 1805, les années se comptent depuis la République (an I, an II…), et les mois s’appellent vendémiaire, brumaire, messidor… Il faut alors convertir la date. Voici la mort de François Tréguier, le père de Marie : « le troisième jour complémentaire de l’an V », c’est-à-dire le 19 septembre 1797.
Pour chaque acte difficile, cette bibliothèque donne sa lecture en français d’aujourd’hui. Touchez un acte pour l’ouvrir en grand : la lecture est juste au-dessus, et l’on peut télécharger l’original comme la transcription.
Ce qui est prouvé, ce qui est racontéUn indice n’est pas une preuve
Les arbres publiés par d’autres chercheurs, sur Geneanet ou ailleurs, donnent souvent de bonnes pistes. Mais une piste n’est qu’un indice : seul l’acte prouve. Une date trouvée dans un autre arbre n’entre ici qu’une fois l’acte retrouvé et lu.
Quand un acte manque, on le dit, et l’on explique comment on approche la date : un âge donné au mariage, un acte de décès qui dit « âgé d’environ soixante ans ». Et quand les biographies racontent une scène, une journée de travail, une émotion, c’est pour donner vie à ce que les actes disent sèchement : le récit ne contredit jamais un acte, ni l’Histoire de son temps.